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Le malouf de Constantine est orphelin. Une grande perte pour la culture algérienne, qui survient sept jours après celle du grand maître du chaâbi Amar Ezzahi. El Hadj était très fatigué. Il avait été hospitalisé dans un établissement parisien suite à des soucis de santé.

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Le malouf de Constantine est orphelin. Une grande perte pour la culture algérienne, qui survient sept jours après celle du grand maître du chaâbi Amar Ezzahi. El Hadj était très fatigué. Il avait été hospitalisé dans un établissement parisien suite à des soucis de santé. A chaque occasion, il ne cessait de prodiguer conseils et orientations. Il veillait toujours pour que ces jeunes talents apprennent le malouf sur des bases solides.

Il rejoindra les autres maîtres du malouf, Abdelmoumene Bentobbal et Abdelkader Toumi, disparus respectivement en et De son vrai nom de famille Reggani, Mohamed Tahar est né le 9 mai à Constantine. Il fera ses premiers pas dans le monde de la musique en apprenant à jouer de la flûte de roseau appelée el fhel ou djawak. Le jeune prodige entamera alors ses premiers pas en avec son père Cheikh Hamou, qui lui apprendra le hawzi. Ayant une voix de ténor et une mémoire prodigieuse, Mohamed Tahar Fergani fait une percée fulgurante.

Il enregistre déjà son premier disque dans les années Ses talents de chanteur et de virtuose du violon, qui deviendra son instrument favori, feront de lui un artiste attitré lors des multiples fêtes familiales et des soirées, ainsi que des concerts animés dans différentes occasions officielles. Une carrière de maître Il faut dire aussi que toutes les conditions étaient réunies pour que le jeune Mohamed Tahar devienne un phénomène musical à Constantine et en Algérie. El Hadj Fergani est resté durant des années un maître incontesté et incontestable du malouf, au point de devenir une référence.

On ne peut pas dire plus pour saluer la mémoire de ce grand maître-école, qui a de tout temps été fidèle au malouf et toujours égal à lui-même. Arslan Selmane Bien qu'appréhendée par ses proches, à la suite d'une série d'hospitalisations, la disparition de Hadj Mohamed-Tahar Fergani avait pu surprendre, provoquer une émotion partagée d'un bout à l'autre de l'Algérie et appeler les prévisibles hommages que suscite légitimement une trajectoire artistique et personnelle hors normes dans le champ culturel algérien.

En ce vendredi gris, l'hommage officiel attendu — c'est le ministre de la Culture qui lira l'oraison funèbre en présence de Abdelmalek Sellal et des autorités civiles et militaires de la région — n'aura pas fait ombrage à la dimension populaire de l'événement et Constantine aura, de près ou de loin, marqué son attachement à l'homme et compati à la douleur des siens.

Constantine a toujours su saluer la mémoire de toutes les grandes figures qu'elle avait portées sur les fonts baptismaux — de Si Mohamed Bendjelloul à cheikh Ma'mar Benrachi, de Abdelmoumen Bentobbal à Abelkader Toumi ou Zouaoui Fergani — qui avec talent et souvent abnégation avaient maintenu, en des temps improbables, les prestigieuses filiations des Bestandji, Benkartoussa, Benmerabet, Belghoul, Bendjemel ou Omar Chaqleb.

L'enfant qu'accueille la famille de Mohamed — Tayeb Reggani — cheikh Hamou, pour les mélomanes constantinois — allait grandir dans une médina désormais largement dominée par la ville européenne qui, notamment sous l'action de son maire historique Émile Morinaud, imposait son urbanisme, sa modernité et quelque part la morgue des puissants.

Pour l'artisanat constantinois, socle des univers confrériques et musicaux de la médina, ces années-là furent aussi celles du début du délitement, de la concurrence agressive des produits manufacturés et les Reggani — Abdelkrim, l'aîné en particulier — tentaient de maintenir la tradition de la broderie citadine alors même que se levaient, sur un autre registre, les préventions vis-à-vis de l'école publique française et que l'école Jules Ferry de Sidi Djellis, recevait de plus en plus d'élèves musulmans.

Mohamed-Tahar y inscrit un parcours aléatoire, dont il témoignera par la suite dans l'un des documentaires que lui consacrera la télévision nationale, mais dont on n'a pas forcément pris la mesure sur les choix futurs de l'artiste. Y avait-il, en effet, découvert, sans doute par une formidable intuition, le challenge inédit d'une modernité qui allait le porter plus loin que les appartenances et les allégeances établies?

Dans une fin de second conflit mondial qui fut particulièrement dure pour les Algériens, Mohamed-Tahar retrouve, un temps, auprès de son aîné Abdelkrim, les ornementations subtiles de la médina, de l'enracinement, même s'il conserve de l'hiver le souvenir d'un grave accident qui aurait pu affecter sa main gauche.

Signe du destin? Au-delà d'une inclination réelle pour les musiques d'Orient — la légende veut même que le jeune Mohamed-Tahar n'hésitait pas à sortir son djawaq flûte de roseau , pour accompagner, des travées de l'historique salle de cinéma Cirta, les artistes qu'il suivait à l'écran —, c'est moins d'un refus des héritages citadins qu'il s'était agi que d'une quête de nouveaux horizons, de territoires qui excédaient les limites d'une médina arcboutée à ses valeurs.

Il en parlera aussi et ce fut, à nul doute, le premier basculement décisif d'une trajectoire artistique qui ne voulait rien se refuser. Mohamed-Tahar avait-il aussi voulu — volontairement? Si Hassouna Ali Khodja ou Abdelkader Toumi avaient tôt décelé les capacités du fils de Hamou et l'avaient fortement engagé à revenir aux legs de la médina et, s'il est difficile de dater, au sens événementiel, le retour de l'enfant prodige, il témoignera avec émotion de l'inédit challenge qui devait changer le cours de son existence.

Je lui ai répondu mais mon frère, je ne connais rien à votre musique. Son chemin vers les crêtes ne sera balisé ni par la zaouiya ni par les fnadeq, même s'il va volontiers à la rencontre de ceux qui faisaient autorité dans la société musicale constantinoise. Sa mémoire hors norme, son souci de s'affirmer, signeront sa véritable re naissance constantinoise. Au passage, il y aura ce notable radio-crochet de la place d'Armes de Annaba où, au-delà du prix qui le distingue, Mohamed-Tahar rencontre ce qui allait faire son exceptionnelle carrière : le public.

Même s'il consent aux normes et à l'animation de fêtes familiales — il aura vite fait de se faire un nom à Constantine et dans ses périphéries —, cette première séquence constantinoise sera celle de l'incursion décisive dans une modernité dont les principaux supports allaient être la radiodiffusion et le disque et, de manière relativement précoce, la télévision. L'expérience de la maison Déréphone — en association avec son ancien mentor Mohamed Derdour — laissera sans doute des traces amères mais Mohamed-Tahar en tirera des enseignements de longue portée.

La discographie Déréphone permet d'avoir une vue documentée sur les choix de l'artiste et restitue dans le même mouvement la rapidité de l'ancrage dans les arcanes des musiques citadines de la médina constantinoise.

La création de la société d'édition musicale Sawt El Menyar, au milieu des années , conforte d'abord une puissante intuition de Mohamed-Tahar selon laquelle ce serait désormais le marché qui allait sanctionner le travail artistique et non plus le seul cercle des initiés. Ses proches témoignent du sens singulier qu'avait alors Hadj Mohamed-Tahar des attentes de son public et souvent surprenait-il ses musiciens, à l'entrée sur scène, en bouleversant les programmes répétés.

Hadj Mohamed-Tahar aura tôt intégré dans sa culture professionnelle les éléments essentiels de l'économie du spectacle, qui veillait aux conditions de ses prestations comme le ferait un imprésario qualifié et sur scène chacun savait son attention à la balance, à la place de chaque instrument. Véritable metteur en scène de sa carrière, il savait disposer d'arguments artistiques qui le situaient sans ambigüité hors des carcans et des normes convenus.

Luthiste émérite, violoniste d'exception, flûtiste, clarinettiste, chacun de ces instruments était aussi une aventure, une empreinte de plus, une quête jubilatoire d'une identité artistique irréductible aux influences et aux commencements. Plus clairement et bien plus rapidement que beaucoup d'autres — de ses épigones, en particulier — Hadj Mohamed-Tahar Fergani avait aussi eu l'intuition de l'imbrication de la culture et notamment des musiques dans les enjeux de société et de pouvoir.

D'une certaine manière, son archet et sa voix auront de fait accompagné, bien au-delà des festivals et des manifestations publiques, la mise en place des institutions de l'État-nation et ses proches savaient tout l'attachement que lui portaient les premiers responsables de l'État algérien.

Il aura été, de ce point de vue, l'un des plus constants et des plus représentatifs ambassadeurs de la culture algérienne à travers le monde.

Les chercheurs se poseront un jour sérieusement la question de savoir de quoi Hadj Mohamed-Tahar Fergani était-il le nom? Ils récuseront alors l'étroitesse de costumes plus taillés dans la puissance des conventions qu'à la mesure de la qualité de ses contributions au patrimoine musical national.

Qui, comme lui, pouvait travailler sur des gammes aussi hautes ou encore adapter la tessiture de sa voix aux nécessités de tel ou tel type de mode ou de genre? Un jour, nos musicologues reviendront sur tous ces aspects. Et puis il y a la prégnance des choix artistiques qu'il faut prendre en compte.

N'y avait-il alors que le malouf dans sa vie? Le rappel s'impose que le malouf demeure le corpus musical de référence de Constantine mais que les musiques citadines de la médina — mahdjouze, zedjel, 'aroubi, quadriat, hawzi, madih — ne s'y réduisent pas.

À sa manière, il aura plus plaidé pour la liberté, les rencontres, les convergences que pour l'enfermement, fut-ce dans un écrin aussi prestigieux que celui de sa ville natale. Sur les 24 rapportées généralement par la tradition, 12 noubate seulement pl. Il correspond à une composition poétique à rimes et mètres multiples quintil et septain qui permet par sa rupture avec la longue qacida arabe à une seule rime, de plus grande subtilités et possibilités de création et de composition musicale.

Cette tradition musicale andalouse va donner naissance à plusieurs genres de musiques citadines qui puisent leurs sources dans la poésie et la mélodie du terroir. Nous citerons le violon et le violon alto Kamendja , la mandoline et le piano.

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